Circulation interne en entreprise : comment prévenir les accidents piétons-engins
DUER circulation interne
Introduction
Un chariot élévateur qui recule sans visibilité suffisante, un transpalette qui débouche d’une allée transversale, un piéton qui coupe au plus court entre deux zones de stockage : la circulation interne cumule à la fois des enjeux de fréquence — elle concerne quasiment toutes les entreprises disposant d’un minimum d’espace — et de gravité, les collisions avec un engin pouvant produire des blessures graves.
Selon une étude de la CNAMTS, la circulation en entreprise serait impliquée dans plus de 40 % des accidents du travail lorsqu’on y intègre les chutes et les collisions qui lui sont associées. Un chiffre qui justifie à lui seul d’y consacrer une évaluation sérieuse, et pas seulement une ligne générique dans le DUER.
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Ce que recouvre le risque de circulation interne
Ce risque regroupe l’ensemble des situations dangereuses liées aux déplacements de personnes et de véhicules à l’intérieur de l’entreprise, sur un site ou entre plusieurs bâtiments :
- Collisions entre piétons et engins motorisés : chariots élévateurs, transpalettes électriques, véhicules de service, engins de chantier
- Collisions entre véhicules, en particulier aux intersections et zones de manœuvre
- Chutes liées à la circulation : trébuchement sur un obstacle, glissade en traversant une zone de circulation
- Écrasement ou happement lors de manœuvres de recul ou de croisement en espace réduit
Les zones les plus exposées sont généralement les intersections d’allées, les abords des quais de chargement, les sorties de bâtiments donnant directement sur une voie de circulation, et les zones où piétons et engins ne sont pas physiquement séparés.
✅ Selon l’INRS, les collisions entre engins et piétons représentaient à elles seules environ 55 000 accidents du travail sur une année récente — un volume comparable à celui de risques bien plus souvent identifiés dans les DUER.
Le cadre réglementaire
- Article R.4224-3 : les lieux de travail intérieurs et extérieurs doivent être aménagés pour que la circulation des piétons et des véhicules puisse se faire de manière sûre
- Article R.4224-4 : l’accès aux zones dangereuses est réservé aux travailleurs autorisés
- Articles R.4224-20 à R.4224-24 : les voies de circulation empruntées par des véhicules doivent être signalées, et les zones dangereuses matérialisées
- Article R.4323-50 : les voies de circulation des équipements de travail mobiles doivent être maintenues libres de tout obstacle, avec un gabarit et un profil adaptés à la vitesse prévue par la notice du matériel
- Articles R.4214-10 et R.4214-12 : des portes pour piétons doivent être installées à distance suffisante des voies de circulation des véhicules, à proximité des portails
- Articles R.4214-18 à R.4214-21 : dispositions spécifiques aux quais et rampes de chargement
- Arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la signalisation de santé et de sécurité au travail, qui précise les caractéristiques du marquage horizontal et vertical
Comment traiter ce risque dans votre document unique
Cartographier les flux réels, pas seulement les flux théoriques
L’exercice le plus utile consiste à observer les déplacements réels sur site — souvent différents du plan de circulation initial — et à identifier :
- Les points de croisement entre piétons et véhicules
- Les angles morts (sorties de bâtiment, virages, zones de stockage en hauteur)
- Les zones sans séparation physique entre les flux
- Les véhicules et engins effectivement utilisés, avec leurs caractéristiques (gabarit, vitesse, visibilité du conducteur)
Coter le risque
La cotation doit intégrer la densité de circulation (fréquence de passage, nombre d’engins simultanés) et la gravité potentielle, presque toujours élevée en cas de collision avec un engin en mouvement.
Formaliser des mesures de prévention
- Séparation physique des flux piétons et véhicules chaque fois que possible (allées dédiées, barrières, garde-corps)
- Marquage au sol clair : voies véhicules, passages piétons, zones dangereuses
- Limitation de vitesse adaptée à la configuration des lieux, avec signalisation correspondante
- Miroirs de sécurité aux intersections à visibilité réduite
- Formation et autorisation de conduite pour tout conducteur d’engin (CACES selon le type de matériel)
💡 Un plan de circulation qui n’a jamais été révisé depuis l’aménagement initial des locaux ne correspond presque jamais à l’usage réel du site quelques années plus tard. C’est un bon réflexe de le confronter au terrain avant de le considérer à jour.
Les erreurs les plus fréquentes sur ce risque
❌ Ne traiter la circulation interne que pour les entrepôts, en oubliant les parkings, quais et zones extérieures
❌ Disposer d’un plan de circulation qui ne correspond plus à l’organisation réelle des lieux
❌ Ne pas séparer physiquement les flux piétons et véhicules alors que la configuration le permettrait
❌ Considérer que le marquage au sol suffit sans revoir l’aménagement des angles morts
❌ Oublier de vérifier la cohérence entre les autorisations de conduite délivrées et les engins réellement utilisés
Passer de l’évaluation à un plan d’action concret
- Faites un tour de site en observant les trajets réellement empruntés par les piétons et les engins
- Identifiez les 3 ou 4 points de croisement les plus fréquents et traitez-les en priorité
- Mettez à jour le marquage au sol et la signalisation en conséquence
- Vérifiez que chaque conducteur d’engin dispose d’une autorisation à jour et adaptée au matériel utilisé
- Réévaluez le plan de circulation après tout changement d’aménagement ou d’activité
Conclusion
La circulation interne est un risque qui touche pratiquement toutes les entreprises, bien au-delà des seuls entrepôts logistiques. Sa combinaison de fréquence élevée et de gravité potentielle importante en fait un sujet à part entière du DUER, distinct de la simple chute de plain-pied bien qu’il en partage certains facteurs.
Un DUER qui traite sérieusement ce risque permet de :
- Réduire un volume d’accidents souvent sous-estimé par rapport à sa fréquence réelle
- Sécuriser les zones de croisement entre piétons et engins
- Adapter le plan de circulation à l’usage réel du site, pas seulement à sa conception initiale
👉 Si votre plan de circulation n’a pas été révisé depuis le dernier changement d’organisation de vos locaux, c’est un bon point de départ pour la mise à jour de ce risque.
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FAQ — Circulation interne et document unique
1. Ce risque concerne-t-il les petites entreprises sans engin de manutention ?
Oui, dans une moindre mesure. Dès qu’il y a des véhicules de service, un parking partagé ou une zone de livraison, le risque de collision existe, même sans chariot élévateur.
2. Faut-il un plan de circulation formalisé pour toute entreprise ?
L’INRS le recommande dès que piétons et engins motorisés cohabitent sur un même site. Ce n’est pas une obligation formelle unique, mais une déclinaison pratique des obligations générales des articles R.4224-3 et suivants.
3. Le marquage au sol est-il obligatoire ?
Il est requis dès lors que les voies de circulation sont empruntées par des véhicules, conformément aux articles R.4224-20 à R.4224-24 et à l’arrêté du 4 novembre 1993.
4. Comment prioriser les corrections si le budget est limité ?
En traitant en premier les points de croisement les plus fréquentés et les angles morts, où la combinaison fréquence-gravité est la plus élevée.
5. Faut-il revoir le DUER après un changement d’aménagement des locaux ?
Oui. Un nouvel aménagement, un changement d’activité ou l’arrivée d’un nouvel engin modifient les flux réels et justifient une réévaluation du risque de circulation interne.
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