TMS au travail : comment évaluer et prévenir les troubles musculo-squelettiques dans votre DUER
TMS DUER
Introduction
Un mal de dos qui traîne, une épaule qui bloque, un poignet qui tire après une journée de manutention : dans la plupart des entreprises, ce genre de plainte finit par arriver aux oreilles de l’employeur. Et dans la plupart des cas, elle reste sans suite tant qu’aucun accident déclaré ne vient l’objectiver.
C’est une erreur, et les chiffres le confirment sans ambiguïté : les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont, de très loin, la première cause de maladie professionnelle reconnue en France. Ils ne concernent pas que le BTP ou l’industrie, on les retrouve tout autant chez un secrétariat, dans une pharmacie ou derrière une caisse.
Cet article fait le point sur ce que sont réellement les TMS, pourquoi ils doivent figurer dans votre document unique d’évaluation des risques, et comment les traiter concrètement plutôt que de les subir.
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Qu’est-ce qu’un trouble musculo-squelettique, concrètement ?
Les TMS regroupent un ensemble de pathologies qui touchent les muscles, les tendons, les nerfs et les articulations. On les associe souvent au dos, mais ils concernent en réalité une zone bien plus large du corps :
- Membres supérieurs : tendinite de l’épaule, épicondylite (« tennis elbow »), syndrome du canal carpien au poignet
- Rachis : lombalgies, dorsalgies, hernies discales
- Membres inférieurs : hygroma du genou, atteintes de la cheville — fréquentes chez les carreleurs, plombiers ou soignants qui travaillent agenouillés
Ces pathologies ne surviennent presque jamais d’un coup. Elles s’installent, semaine après semaine, sous l’effet répété d’une posture contrainte, d’un geste répétitif ou d’une charge mal soulevée. C’est justement ce qui les rend difficiles à prendre au sérieux à temps : la douleur du lundi passe, jusqu’à ce qu’elle ne passe plus.
Sur le plan réglementaire, un TMS reconnu comme maladie professionnelle s’appuie le plus souvent sur les tableaux 57, 69, 79, 97 ou 98 du régime général — respectivement les affections périarticulaires liées aux gestes et postures, les effets des vibrations, les lésions du ménisque, et les atteintes du rachis lombaire liées aux vibrations ou à la manutention.
Un enjeu qui dépasse largement la seule santé du salarié
A. Le poids réel des TMS en France
Les données de l’Assurance Maladie sont sans appel : les TMS représentent aujourd’hui près de 90 % des maladies professionnelles reconnues par le régime général, tous secteurs confondus. Le phénomène ne se stabilise pas : le nombre de cas continue de progresser d’une année sur l’autre, et le mal de dos à lui seul pèse pour près d’un quart des accidents du travail.
Concrètement, cela se traduit chaque année par plusieurs millions de journées de travail perdues rien que pour les lombalgies liées à la manutention manuelle.
✅ Aucun secteur n’est réellement épargné : on retrouve des TMS aussi bien en logistique et en BTP que dans les métiers de bureau, de soin ou de commerce.
B. Un risque juridique souvent sous-estimé
Un TMS reconnu comme maladie professionnelle n’est pas seulement un sujet RH ou humain. Si l’entreprise avait connaissance du risque — via des alertes du médecin du travail, des remontées répétées de salariés, ou un DUER incomplet — et qu’elle n’a rien mis en place, elle s’expose à une action en faute inexcusable de l’employeur. La conséquence : une indemnisation du salarié très supérieure à la prise en charge classique de la Sécurité sociale, et une responsabilité personnelle de l’employeur mise en cause.
C’est précisément l’un des points sur lesquels un DUER mal renseigné se retourne contre l’entreprise : un document qui ne mentionne pas un risque ergonomique pourtant connu constitue, en cas de contentieux, une pièce à charge.
C. Un coût organisationnel qui se voit vite
- Arrêts de travail répétés sur les mêmes postes
- Difficultés à remplacer un salarié en restriction d’aptitude
- Perte de savoir-faire quand un poste devient inoccupable durablement
- Tensions d’équipe quand la charge se reporte sur les collègues
💡 Un TMS non traité ne reste jamais un problème individuel très longtemps — il finit par affecter tout un poste, parfois tout un service.
Comment intégrer les TMS dans votre document unique
L’évaluation des risques liés aux TMS suit la même logique que n’importe quel autre risque dans le DUER, mais elle demande une attention particulière parce que ce risque est souvent invisible tant qu’il ne s’est pas transformé en pathologie déclarée.
Repérer les situations à risque, unité de travail par unité de travail
Pour chaque unité de travail, il s’agit d’identifier concrètement :
- Les postures contraignantes : travail penché, bras au-dessus des épaules, position accroupie prolongée
- Les gestes répétitifs à cadence soutenue, en particulier sans temps de récupération suffisant
- Le port de charges : fréquence, poids, distance de portage, hauteur de préhension
- L’exposition aux vibrations : outils portatifs, engins, chariots
- Les contraintes posturales statiques liées à un poste de bureau mal réglé — souvent négligées, alors qu’elles génèrent une part croissante des TMS des membres supérieurs
Coter le risque
Une fois les situations identifiées, chaque risque est coté selon la méthode retenue par l’entreprise — le plus souvent en croisant la probabilité d’exposition et la gravité potentielle de l’atteinte. Un geste répétitif à cadence élevée sur un poste occupé toute la journée n’a évidemment pas le même poids qu’une manutention ponctuelle une fois par semaine : c’est cette hiérarchisation qui permet de prioriser les actions plutôt que de tout traiter en même temps.
Formaliser des mesures de prévention adaptées
- Aménagement ergonomique du poste (hauteur de plan de travail, réglage de siège, aide à la manutention)
- Rotation des tâches pour limiter l’exposition continue à un même geste
- Formation gestes et postures — utile, mais insuffisante seule si le poste lui-même reste mal conçu
- Recours à des aides mécaniques (diable, transpalette, chariot élévateur, exosquelette selon les métiers)
- Suivi médical renforcé pour les postes identifiés comme les plus exposés
✅ Une mesure de prévention efficace agit sur la situation de travail elle-même, pas seulement sur le comportement du salarié.
Les erreurs les plus fréquentes sur ce risque
❌ Ne traiter les TMS que pour les postes de manutention, en oubliant les postes de bureau et les métiers de service
❌ Se contenter d’une formation « gestes et postures » sans jamais revoir l’organisation du poste
❌ Attendre qu’un arrêt de travail survienne avant de considérer le risque comme réel
❌ Coter le risque de façon uniforme sans tenir compte de la fréquence réelle d’exposition
❌ Oublier de mettre à jour l’évaluation après l’achat d’un nouvel équipement ou un changement de cadence
💡 En intervention, c’est souvent le même constat qui revient : le risque TMS est connu de tous en interne, mais il n’a jamais été formalisé nulle part. Or ce qui n’est pas écrit dans le DUER n’existe pas, juridiquement parlant.
Passer de l’évaluation à un plan d’action concret
- Identifiez les 2 ou 3 postes les plus exposés et traitez-les en priorité plutôt que de vouloir tout corriger d’un coup
- Associez les salariés concernés : ce sont eux qui connaissent le mieux les contraintes réelles du geste
- Fixez un responsable et une échéance pour chaque mesure retenue
- Réévaluez le risque après la mise en place de la mesure, pour vérifier qu’elle a effectivement réduit l’exposition
- Consignez toute alerte du médecin du travail liée aux TMS : ces éléments viennent nourrir et justifier la mise à jour du DUER
✅ Un plan d’action sur les TMS n’a pas besoin d’être exhaustif pour être utile — il doit surtout être suivi.
Conclusion
Les TMS ne sont pas un risque parmi d’autres : c’est, statistiquement, le premier risque professionnel en France. Les ignorer dans votre document unique, c’est laisser de côté la cause la plus fréquente d’arrêt de travail et d’usure des équipes — et s’exposer, en cas de contentieux, à une remise en cause directe de votre responsabilité.
À l’inverse, les intégrer sérieusement dans votre DUER permet de :
- Repérer les postes à risque avant l’apparition de la pathologie
- Sécuriser l’entreprise sur le plan juridique
- Limiter l’absentéisme et la perte de compétences sur les postes sensibles
👉 Si votre DUER ne détaille pas encore ce risque poste par poste, c’est le moment de le mettre à jour.
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FAQ — TMS et document unique
1. Les TMS concernent-ils uniquement les métiers physiques ?
Non. S’ils sont plus documentés en BTP, en logistique ou dans l’industrie, les TMS touchent tout autant les postes de bureau — en particulier les membres supérieurs, via le travail prolongé sur écran et clavier dans une posture non ajustée.
2. Comment un TMS est-il reconnu comme maladie professionnelle ?
Il doit correspondre à l’un des tableaux de maladies professionnelles du régime général (tableaux 57, 69, 79, 97 ou 98), ou faire l’objet d’une reconnaissance par un comité régional lorsque le lien avec l’activité professionnelle peut être démontré autrement.
3. Le DUER doit-il détailler chaque geste réalisé par le salarié ?
Non, mais il doit identifier les situations réellement exposantes par unité de travail : fréquence des gestes, charges portées, postures maintenues. L’objectif est d’aboutir à des mesures concrètes, pas de produire un inventaire théorique.
4. Une formation gestes et postures suffit-elle à couvrir le risque TMS ?
Non. Elle peut faire partie du plan d’action, mais elle ne remplace pas une correction de l’organisation ou du poste lui-même quand celui-ci reste la cause principale de l’exposition.
5. Que risque une entreprise qui n’a jamais évalué ce risque ?
Au-delà des sanctions générales liées à l’absence de DUERP, un TMS reconnu peut donner lieu à une action en faute inexcusable si l’employeur avait connaissance du risque sans avoir agi, avec une indemnisation du salarié nettement supérieure à la prise en charge standard.
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