Chute de plain-pied au travail : un risque banal, mais la première cause d'accidents
DUER chute de plain-pied
Introduction
Il n’a rien de spectaculaire, il ne fait presque jamais la une d’un rapport d’audit, et pourtant : la chute de plain-pied représente à elle seule environ 20 % des accidents du travail en France, tous secteurs confondus. Un sol mouillé, un câble qui traîne, un carton oublié dans une allée — et c’est une entorse, une fracture du poignet, parfois plusieurs semaines d’arrêt pour un geste aussi banal que marcher dans son propre local.
C’est justement cette banalité qui pousse beaucoup d’entreprises à sous-évaluer ce risque dans leur DUER, voire à l’oublier purement et simplement, alors qu’il concerne tous les secteurs d’activité sans exception.
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Ce que recouvre la chute de plain-pied
À ne pas confondre avec la chute de hauteur, qui suppose une dénivellation : la chute de plain-pied se produit au même niveau que celui où évolue le salarié, à la suite d’une glissade, d’un trébuchement ou d’une perte d’équilibre.
Les causes les plus fréquentes :
- Sols glissants : humidité, produits de nettoyage, graisses en cuisine, résidus de fabrication
- Sols encombrés ou irréguliers : câbles au sol, cartons, revêtement dégradé, dénivelé mal signalé
- Éclairage insuffisant, en particulier dans les zones de circulation ou les escaliers
- Chaussage inadapté au regard de l’activité et du type de sol
- Précipitation ou distraction, souvent aggravées par une charge mentale élevée ou une cadence soutenue
Selon les statistiques disponibles, environ 60 % des chutes de plain-pied résultent d’une glissade ou d’un trébuchement, les 40 % restants étant liés à une petite dénivellation (marche, seuil, trottoir).
✅ Aucun secteur n’est épargné : on retrouve ce risque aussi bien en cuisine et en commerce qu’en bureau ou en atelier — dès qu’il y a un sol et des déplacements, le risque existe.
Le cadre réglementaire
Il n’existe pas de texte unique et spécifique à la chute de plain-pied, mais plusieurs dispositions du Code du travail y contribuent directement :
- Article R.4214-3 : les planchers des locaux doivent être exempts de bosses, de trous ou de plans inclinés dangereux, fixes, stables et non glissants
- Article R.4224-3 : les lieux de travail intérieurs et extérieurs doivent être aménagés pour que la circulation des piétons puisse se faire de manière sûre
- Article R.4224-4 : l’accès aux zones dangereuses est réservé aux travailleurs autorisés, avec des mesures de protection adaptées
- Article R.4224-20 : les zones présentant un danger de chute qui ne peuvent être supprimées doivent être clairement signalées
- Articles R.4223-1 à R.4223-11 : l’éclairage des locaux et des zones de circulation doit être suffisant pour assurer la sécurité des déplacements
- Article R.4227-5 : les voies d’évacuation doivent rester libres de tout obstacle en permanence
Comment traiter ce risque dans votre document unique
Repérer les situations réelles, pas seulement les postes
Le risque de chute de plain-pied se raisonne autant par local que par poste. Pour chaque unité de travail, il s’agit d’identifier :
- L’état réel des sols (revêtement, entretien, présence de zones humides récurrentes)
- Les zones de circulation encombrées ou mal dégagées
- Les dénivelés non signalés (seuils, marches isolées, quais)
- Le niveau d’éclairage dans les circulations et escaliers
- Les chaussures effectivement portées au regard des sols concernés
Coter le risque
La gravité d’une chute de plain-pied reste généralement modérée à sérieuse (entorse, fracture), mais sa fréquence peut être élevée dans certains environnements — cuisine professionnelle, entrepôt avec trafic important, atelier avec sols gras. C’est cette combinaison fréquence/gravité qui doit guider la priorisation, plus que la seule gravité potentielle.
Formaliser des mesures de prévention
- Choix de revêtements de sol adaptés à l’activité, en particulier en zone humide (cuisine, laboratoire, atelier de lavage)
- Nettoyage immédiat de tout déversement, plutôt qu’un nettoyage différé en fin de service
- Dégagement systématique des zones de circulation (câbles fixés, rangement, suppression des obstacles temporaires)
- Signalisation des dénivelés et zones à risque
- Chaussures antidérapantes adaptées à l’activité et au type de sol
💡 Une bonne partie des mesures efficaces contre ce risque ne coûtent rien : un nettoyage immédiat, un câble fixé au sol, un carton rangé. C’est davantage une question d’organisation que d’investissement.
Les erreurs les plus fréquentes sur ce risque
❌ Considérer que la chute de plain-pied est un « non-risque » parce qu’aucun accident grave n’a encore eu lieu
❌ Traiter uniquement les zones perçues comme dangereuses (atelier, chantier) en oubliant les bureaux, couloirs et parkings
❌ Se contenter d’un panneau « sol glissant » sans jamais traiter la cause du glissement
❌ Ne pas actualiser le DUER après un changement de revêtement de sol ou de configuration des locaux
❌ Sous-estimer l’impact de l’éclairage, souvent le facteur le plus simple à corriger
Passer de l’évaluation à un plan d’action concret
- Faites un tour des locaux avec un regard neuf : ce qui semble normal au quotidien cache souvent le risque
- Priorisez les zones à fort passage et à risque d’humidité récurrent
- Formalisez une procédure de nettoyage immédiat en cas de déversement, avec signalisation temporaire
- Vérifiez l’éclairage des circulations et escaliers, en particulier en horaires décalés
- Consignez chaque accident ou presque-accident de plain-pied pour affiner la cotation du risque dans la durée
Conclusion
La chute de plain-pied souffre d’un déficit d’image : elle paraît trop banale pour mériter une vraie analyse dans le DUER, alors qu’elle en est statistiquement l’un des risques les plus fréquents. La bonne nouvelle, c’est que les mesures de prévention restent le plus souvent simples et peu coûteuses — à condition d’être identifiées et suivies dans la durée.
Un DUER qui traite sérieusement ce risque permet de :
- Réduire un volume d’accidents souvent invisible dans les statistiques globales de l’entreprise
- Limiter les arrêts de travail courts mais récurrents
- Corriger des situations dangereuses avant qu’elles ne se transforment en accident
👉 Si votre DUER se limite à une ligne générique sur ce risque, un tour des locaux suffit souvent à identifier plusieurs points à corriger rapidement.
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FAQ — Risque incendie et document unique
1. Une petite entreprise de quelques salariés est-elle concernée par ces obligations ?
Oui. Les articles R.4227-1 à R.4227-57 du Code du travail s’appliquent à tout établissement employant des salariés, sans seuil d’effectif minimal. Seuls les moyens à mettre en œuvre sont proportionnés au risque réel.
2. Combien d’extincteurs faut-il par local ?
La règle de base est d’au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m² de plancher, avec un minimum d’un appareil par niveau. Des extincteurs adaptés supplémentaires sont exigés si des risques spécifiques sont présents.
3. La consigne de sécurité incendie est-elle vraiment obligatoire dans un simple bureau ?
Oui, dès que le local regroupe plus de 5 personnes, ou qu’il contient des matières inflammables, quelle que soit la nature de l’activité exercée.
4. À quelle fréquence faut-il organiser un exercice d’évacuation ?
Au moins tous les six mois dans les établissements manipulant des matières inflammables, et au moins une fois par an dans les autres cas. Chaque exercice doit être consigné dans le registre de sécurité.
5. Un commerce ouvert au public a-t-il des obligations supplémentaires ?
Oui. En plus du Code du travail applicable à tout employeur, un établissement recevant du public relève du Code de la construction et de l’habitation, avec des règles propres (catégorie d’ERP, commissions de sécurité) qui s’ajoutent aux premières, sans s’y substituer.
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