Risque électrique au travail : comment l'évaluer et l'intégrer à votre DUER
DUER risque thermique
Introduction
Le risque électrique a ceci de particulier : il ne concerne pas seulement les électriciens. Un peintre qui travaille à proximité d’un tableau électrique, un magasinier qui manipule un chariot en charge près d’une ligne aérienne, un agent de maintenance qui ouvre une armoire « juste pour vérifier » — tous sont exposés, alors même que leur fiche de poste ne mentionne rien d’électrique.
C’est précisément ce qui rend ce risque difficile à cadrer correctement dans un DUER : il déborde largement du seul métier d’électricien, et il repose sur un cadre réglementaire bien plus structuré que la plupart des autres risques, avec un dispositif d’habilitation propre. Voici comment le traiter sans en oublier les zones grises.
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Ce que recouvre le risque électrique
On distingue classiquement deux formes d’atteinte, dont la gravité potentielle est sans commune mesure avec la plupart des autres risques du DUER :
- L’électrisation, passage du courant à travers le corps, pouvant provoquer brûlures internes et externes, troubles cardiaques, voire un arrêt cardiaque
- L’électrocution, l’électrisation mortelle
- Les effets indirects : brûlures par arc électrique (température pouvant dépasser plusieurs milliers de degrés sur un très court instant), projections de particules en fusion, incendie d’origine électrique, chute consécutive à un choc électrique
Le facteur aggravant classique reste l’humidité : un même défaut d’isolement est beaucoup plus dangereux en milieu humide (chantier extérieur, local technique non ventilé, lavage à grande eau) qu’en atelier sec.
Le Code du travail distingue deux types d’opérations exposant au risque électrique :
- Les travaux d’ordre électrique : câblage, raccordement, maintenance sur une installation
- Les travaux d’ordre non électrique réalisés au voisinage de pièces nues sous tension : peinture, maçonnerie, nettoyage, élagage à proximité d’une ligne
C’est ce deuxième cas qui est le plus souvent oublié dans les DUER — alors qu’il concerne, en pratique, un nombre de salariés bien supérieur aux seuls électriciens de l’entreprise.
Le cadre réglementaire : un dispositif plus structuré que la moyenne
Contrairement à d’autres risques où l’employeur dispose d’une large latitude sur les moyens à mettre en œuvre, le risque électrique s’appuie sur un cadre technique précis :
- Les articles R.4544-1 à R.4544-11 du Code du travail, issus des décrets 2010-1016, 2010-1017, 2010-1018 et 2010-1118, posent le socle réglementaire des opérations sur les installations électriques
- La norme NF C 18-510 (« Opérations sur les ouvrages et installations électriques et dans un environnement électrique — Prévention du risque électrique ») en constitue le référentiel technique. Elle n’a pas, en soi, valeur de loi, mais le renvoi qu’y font les articles du Code du travail lui donne un caractère quasi obligatoire : un employeur qui s’en écarte s’expose aux mêmes conséquences qu’en cas de non-conformité réglementaire directe
- L’habilitation électrique, délivrée par l’employeur — jamais par l’organisme de formation — reconnaît la capacité d’un salarié à intervenir en sécurité selon des symboles précis : B0/H0 pour les travaux d’ordre non électrique, B1/B2 pour les exécutants et chargés de travaux, BR pour les interventions de dépannage, BC pour la consignation, et les niveaux H pour la haute tension
✅ L’habilitation n’est jamais automatique : elle suppose une formation théorique et pratique, une aptitude médicale constatée par le médecin du travail, et une évaluation réelle de la capacité du salarié à appliquer les prescriptions de sécurité.
En cas d’accident d’origine électrique, l’absence d’habilitation ou de formation adaptée engage directement la responsabilité civile et pénale de l’employeur. Le Code pénal (article 221-6) prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à 75 000 € d’amende et 5 ans d’emprisonnement en cas de blessures graves ou de décès.
Comment traiter ce risque dans votre document unique
Identifier toutes les situations d’exposition, pas seulement les électriciens
Pour chaque unité de travail, il s’agit de recenser :
- Les salariés réalisant des travaux d’ordre électrique (installation, dépannage, consignation)
- Les salariés dont l’activité s’exerce au voisinage d’installations sous tension, même occasionnellement
- Les équipements et installations vétustes, les câblages apparents, les tableaux électriques accessibles
- Les interventions en milieu humide ou extérieur, qui aggravent le risque
- Les habilitations effectivement délivrées, et leur cohérence avec les tâches réellement confiées
Vérifier la cohérence entre poste occupé et habilitation détenue
C’est un point de vigilance souvent révélateur en audit : un salarié habilité B1V qui se retrouve, dans les faits, à réaliser des opérations relevant d’un niveau BR ou BC. Le DUER doit permettre de croiser ces deux informations — la tâche réelle et l’habilitation détenue — pour objectiver l’écart s’il existe.
Coter le risque
La cotation doit tenir compte à la fois de la fréquence d’exposition et de la gravité potentielle, qui reste ici presque toujours élevée dès qu’il y a contact possible avec une pièce sous tension — même une exposition rare justifie une cotation prudente, contrairement à d’autres risques où la fréquence pèse davantage que la gravité.
Formaliser les mesures de prévention
- Délivrance et suivi des habilitations, avec un titre nominatif mentionnant le domaine de tension et les restrictions
- Carnet de prescriptions regroupant les extraits de la NF C 18-510 pertinents pour chaque poste
- Procédures de consignation avant toute intervention
- Vérifications périodiques des installations électriques par un organisme compétent
- Information des salariés non électriciens amenés à travailler au voisinage d’une installation
💡 Un point qui revient souvent dans les échanges avec les préventeurs : la vérification périodique des installations ne dispense jamais de l’évaluation du risque dans le DUER. Ce sont deux obligations distinctes, l’une technique, l’autre organisationnelle.
Les erreurs les plus fréquentes sur ce risque
❌ Ne traiter le risque électrique que pour les électriciens, en oubliant les métiers qui travaillent à proximité d’installations sous tension
❌ Considérer qu’une habilitation délivrée une fois pour toutes reste valable sans jamais la réévaluer
❌ Confondre vérification périodique des installations et évaluation du risque au poste de travail
❌ Sous-coter ce risque parce que les expositions sont rares, sans tenir compte de la gravité potentielle
❌ Oublier de recouper les tâches réellement confiées avec le niveau d’habilitation réellement détenu
Passer de l’évaluation à un plan d’action concret
- Dressez la liste des habilitations en cours, avec leur date de délivrance et la tâche à laquelle elles correspondent
- Identifiez les écarts entre tâches confiées et habilitations détenues, et corrigez-les avant qu’un accident ne les révèle
- Programmez les recyclages : la norme préconise un renouvellement tous les 3 ans, mais un changement de poste, un incident ou une modification des installations doit déclencher une révision immédiate
- Formalisez une procédure de consignation écrite, connue de tous les intervenants concernés
- Faites remonter dans le DUER toute non-conformité identifiée lors des vérifications périodiques
Conclusion
Le risque électrique se distingue des autres familles de risques par un cadre réglementaire déjà très structuré — habilitations, norme technique, procédures de consignation. La difficulté n’est donc pas tant de savoir quoi faire que de vérifier, poste par poste, que ce cadre est réellement appliqué, y compris pour les salariés qui n’interviennent qu’au voisinage d’une installation sans jamais la manipuler directement.
Un DUER qui traite sérieusement ce risque permet de :
- Sécuriser juridiquement l’entreprise en cas de contrôle ou d’accident
- Objectiver les écarts entre habilitations détenues et tâches réellement confiées
- Réduire un risque dont la gravité potentielle reste parmi les plus élevées de tous les risques professionnels
👉 Si votre DUER ne distingue pas encore les travaux d’ordre électrique des travaux réalisés au voisinage d’installations sous tension, c’est un bon point de départ pour sa prochaine mise à jour.
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FAQ — Risque électrique et document unique
1. Un salarié non électricien doit-il être habilité ?
Oui, dès lors qu’il réalise des travaux d’ordre non électrique à proximité de pièces nues sous tension. L’habilitation correspondante (B0 ou H0) atteste qu’il connaît les limites à ne pas franchir, pas qu’il devient électricien.
2. Qui délivre l’habilitation électrique ?
L’employeur, et lui seul — jamais l’organisme de formation. La formation est un prérequis, mais l’habilitation reste un acte de reconnaissance propre à l’employeur, qui engage sa responsabilité.
3. Quelle est la durée de validité d’une habilitation électrique ?
Le Code du travail ne fixe pas de durée légale. La norme NF C 18-510 recommande un renouvellement tous les 3 ans avec recyclage, mais l’employeur doit aussi la réviser en cas de changement de poste, d’incident ou de modification des installations.
4. La vérification périodique des installations électriques suffit-elle à couvrir ce risque dans le DUER ?
Non. C’est une obligation technique distincte. Le DUER doit en plus évaluer l’exposition réelle des salariés, poste par poste, et vérifier la cohérence entre les tâches confiées et les habilitations détenues.
5. Que risque un employeur en cas d’accident électrique sans habilitation valide ?
Sa responsabilité civile et pénale peut être engagée. En cas de blessures graves ou de décès, le Code pénal prévoit des sanctions pouvant atteindre 75 000 € d’amende et 5 ans d’emprisonnement.
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